La véritable histoire de Pearl Harbour

Extrait du livre « Reinhardt Tarkand » de Max Montgomery, avec son aimable autorisation.

  Titre Pearl Harbour

Pearl Harbour
la plus extraordinaire des arnaques militaires

Note de fin du livre « Reinhardt Tarkand, tome 3 »:

Acculée par les Etats-Unis, décidément sûrs d’eux, la Marine japonaise lança le 7 décembre son offensive sur Pearl Harbour, sur l’île Oahu (atoll d’Hawaï), plus proche du continent américain que des îles japonaises. C’est à partir de ce moment-là que la guerre devient mondiale.

Or, nous avons un signe, un détail, qui trahit quelque chose de mystérieux: les Américains tentent dès le départ de cacher le fait qu’ils savent d’où vient le coup. C’est ce qui, pour de nombreux chercheurs, journalistes puis historiens, va remettre en cause toute l’affaire: s’il y a mensonge quelque part, il y a peut-être mensonge partout. La version officielle va dès le départ prendre du plomb dans l’aile. Le Secrétariat d’Etat aurait pu se contenter d’affirmer qu’il était parfaitement au courant, ce qu’il est aisé de prouver, de l’opération dont la base de Pearl Harbour avait été victime, et les débats n’auraient porté que sur le degré de responsabilités des deux parties. Il pouvait dire simplement « nous avons piégé les Nippons » et tout était dit. On aurait conclu que les USA maîtrisaient mieux la guerre secrète que les Japonais mais que, malgré cette science, ils avaient été les victimes d’un conflit qu’ils n’avaient pas déclenché. Et l’affaire était jouée.

Mais voilà, commettant une erreur incroyable,  l’Amérique a nié totalement ce qu’elle savait, ce qui signifiait : « Ne regardez pas par ici, j’ai quelque chose à cacher ». Ce qui laisse entendre qu’il lui a fallu esquiver une responsabilité plus grande qu’elle ne veut l’assumer dans son entrée en guerre. On va s’apercevoir que cette responsabilité est non seulement plus grande mais complète: c’est ele qui provoque le Japon et le piège.

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C’est l’erreur classique des gouvernements d’amateurs ou trop sûrs d’eux, comme l’étaient les USA en 1945 [note actualisée: on a observé la même grossière erreur après le 11 Septembre 2001 : négation totale alors que tout le monde sait que les USA ont été avertis, notamment par les services français].
C’était l’erreur capitale qui mettait les fins limiers des universités américaines et quelques indépendants perspicaces sur la trace de l’affaire.
Il faut dire aussi que les USA se trouvaient alors face à un nouvel ennemi, l’URSS, qui n’aurait eu aucun mal à exploiter les faits auprès d’une jeunesse occidentale fascinée par le communisme*.

L’Amérique des dirigeants et conglomérats industriels a préféré nier tout en bloc, parce qu’elle craignait d’abord, avant décembre 1941, que l’on découvrît comment on cherchait à abroger la vieille Loi de Neutralité, mais ensuite, après 1941, qu’on découvre, non pas seulement qu’elle avait sacrifié les soldats de Pearl Harbor, mais aussi qu’elle avait forcé la main au Japon.

Quels éléments permettent d’affirmer que l’agression fut entièrement voulue, préparée, encouragée, suivie et sous contrôle ? Prenons Pearl à rebours…

Contrairement à ce qu’on pense généralement, à cause de l’image véhiculée par le cinéma et les séries américaines, le Japon, privé de ressources (notamment de pétrole) et de débouchés économiques, soumis au blocus, perdant un à un ses partenaires économiques sous la pression de Londres et de Washington, encerclé économiquement et militairement depuis Vladivostok jusqu’en Malaisie, n’a pas été qu’un assoiffé de conquêtes.

En 1941, un certain Mac Collum, capitaine de corvette de l’US Navy, fut chargé par le Président Roosevelt de mettre au point une stratégie consistant à pousser le Japon à la guerre. Né à Nagasaki, il connaissait très bien le pays. Il supervisait les rapports de renseignements ultra-secrets.

Le Mémorandum de Mac Collum, daté du 7 octobre, tient en huit points[2]. Tout était fait pour exacerber la position nippone. Toutes les tentatives de médiation des Japonais étaient rejetées. Le Japon se retrouvait en situation de casus belli.

Les services du Kampeitai, le service secret japonais, avaient déchiffré de nombreux messages faisant état de manœuvres américaines visant à forcer la main à la Marine japonaise. En septembre, le Japon avait rejoint l’Allemagne et l’Italie au sein d’un traité d’assistance mutuelle, et donc de l’Axe, qualifié de Tripartite : « Rome, Berlin, Tokyo ».

Les membres de l’Etat-major japonais ignoraient complètement les documents secrets américains. Pourtant, des navires américains s’étaient introduits entre Kyûshû et Shikoku. L’amiral Richardson, commandant de la flotte de guerre de Pearl Harbor, avait indiqué qu’il refuserait le « sacrifice d’un seul navire américain, même si cela devait entraîner les Etats-Unis et la nation dans l’acceptation d’une guerre contre le Japon. » Il fut été privé de son commandement en février.

Yamamoto, amiral commandant en chef la flotte impériale, et Oikawa, ministre de la Marine, sont convenus d’attaquer. Apparemment, plusieurs diplomates sont au courant dans le monde.

Le Japon est en train d’étouffer, il a besoin de ressources extérieures. L’Amérique va s’engager contre le Japon : elle doit décidément diminuer le menace japonaise en Asie, ne serait-ce que pour libérer les possessions occidentales et rassurer les Soviétiques. Par ailleurs et surtout, le Japon étant l’allié de l’Allemagne, on aura le motif incontestable justifiant l’entrée en guerre des Etats-Unis en Europe.

Or, le Congrès américain et la population refuseront l’envoi de troupes en Europe tant qu’un événement grave ne modifiera pas la situation. Les USA sont une démocratie, ils ont besoin du soutien de leur population[3]. Ajoutons au crédit de Roosevelt que la défaite anglaise signifierait sans aucun doute une menace renouvelée, avec une Europe entièrement allemande et devenue la première puissance navale mondiale, donc capable de s’attaquer directement aux intérêts américains partout dans le monde. Le gouvernement américain doit provoquer la guerre pour obtenir l’adhésion de son opinion publique, mais sans avoir l’air de la déclarer.

Point n°8 du rapport Mac Collum : « Imposer un embargo total sur les échanges avec le Japon, en coordination avec la Grande-Bretagne. »

Chose intrigante : en dépit de l’embargo, les navires japonais se ravitaillent pourtant en Californie, à la raffinerie de Port Costa notamment ! Si les Etats-Unis souhaitaient que le Japon persiste dans sa guerre et conserve assez de carburant pour déclencher une guerre, ils ne s’y prendraient pas autrement. Néanmoins, les quantités de pétrole livrées sont insuffisantes pour réapprovisionner décemment le Japon et, a fortiori, pour lui permettre de gagner la guerre. Le stock de pétrole au Japon est de sept millions de tonnes, de quoi tenir deux ans. Le blocus aidant, le Japon n’a pas d’autre issue que se procurer des ressources lui-même, par voie d’opérations militaires.

Roosevelt a beau le nier, il veut la guerre et cherche à préparer l’opinion américaine à une agression japonaise. Le Neutrality Act, qui définit la position de neutralité des USA, est chaque jour un peu plus grignoté par des décisions de financements aux armées[4]. Le Japon devrait en prendre acte, mais ses dirigeants sont alors non seulement aveugles, mais arrogants et décidés à établir leur sphère de prospérité asiatique sous la domination du yen, la monnaie japonaise.

Dans le courant de l’année 1941, le Japon avait fait revenir de Chine la plupart de ses navires de guerre ; en juillet, il avait également demandé à ses navires marchands naviguant sur toutes les mers du monde de rejoindre incessamment leurs ports d’attache. La marine marchande nippone est, en 1938, la quatrième du monde, après celles de la Grande-Bretagne, de la Norvège et de l’Allemagne. En 1940, elle est la deuxième du monde, après celle des Etats-Unis.

C’est un ordre grave. Tous les navires de l’Atlantique étaient tenus de franchir le canal de Panama avant le 1er août[5]. Les Etats-Unis, conscients de ce que ce type de rapatriement signifiait, avaient fait interdire le canal aux navires japonais, qui se trouvaient contraints de passer le cap Horn. En juillet, ils décrétaient l’embargo sur le pétrole vendu au Japon. Ils faisaient aussi saisir les avoirs japonais dans le monde entier[6]. Les Japonais faisaient bientôt de même avec les avoirs américains au Japon et dans l’empire, y compris en Chine et au Mandchoukouo. Toutes les opérations commerciales japonaises à l’étranger avaient été suspendues par Tokyo qui pratiquait, à l’égard des USA, la même politique qu’eux. Les visas japonais pour les continentaux (y compris les Shanghaïais) qui souhaitaient se rendre au Japon ou pour les voyageurs qui souhaitaient transiter par les ports nippons, n’étaient plus délivrés qu’au compte-gouttes, de même que les informations au sujet des mouvements de navires japonais, civils ou militaires. Les Britanniques, au cours de l’été, dénoncent leur traité de commerce avec le Japon, de même les accords contractés avec lui par l’Inde et la Birmanie. Les Canadiens et les Australiens s’alignent. L’étau se resserre autour de la sphère de co-prospérité japonaise. Le commerce est tari avec les pays anglo-saxons, leurs dominions et colonies. Si rien ne se passe, le Japon périra économiquement. C’est une évidence pour tous les observateurs.

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Afin que le mythe perdure, le cinéma officiel entretient la version officielle sans nuance

Le 18 octobre, tous les navires américains sont confidentiellement invités à quitter les eaux territoriales chinoises et japonaises.

Sur le théâtre des opérations, le Japon en était, le 1er décembre, à la reprise des bombardements de la Birmanie, à Yunnan-Fou. Roosevelt revenait de ses vacances en Floride et Chiang Kai-shek faisait passer une note « énergique » demandant aux Etats-Unis « de ne pas ralentir leur aide à la Chine. » A Singapour, où une imposante escadre parviendra le 3, les forces britanniques sont en état d’alerte maximale. En Birmanie, d’importants renforts anglais et hindous débarquent à Rangoon. A Manille, le président Quézon accuse les « impérialistes » anglo-américains d’avoir laissé sans préparation militaire et sans protection la population des Philippines, anciennement sous leur souveraineté, tandis qu’une escadre japonaise est aperçue au large des côtes. Les Indes néerlandaises, qui n’ont, à la demande des Anglo-Américains, que partiellement cédé aux demandes japonaises de leur vendre du pétrole et d’autres biens, ont fait savoir que leur position s’alignerait sur celle des USA si cette dernière venait à changer. L’on parle beaucoup d’une éventuelle attaque du Japon contre la Thaïlande, démentie par M. Kurusu, diplomate japonais en visite officielle à Washington. Le chef du gouvernement, le général Tojo, déclare qu’il souhaite voir le Japon libérer l’Asie orientale de l’influence anglo-saxonne. A Hawaï, les troupes ont été mises en alerte d’entraînement.

Sur l’escalade des tensions, l’essentiel est dit.

Que disent les journaux ? Le journal japonais Dai Asia (Grande Asie) rapporte les propos de M. Matsumoto, à l’automne : « Les Etats-Unis ne voudraient-ils plus nous vendre du pétrole, qui constitue le sang de notre vie nationale, nous devrions nous en procurer ailleurs, par n’importe quel moyen. »

Le New-York Times du 31 octobre rapporte que les milieux japonais les mieux avertis estimaient que « les sanctions économiques appliquées par les Etats-Unis au Japon tendent à mettre ce dernier dans une situation intenable, dont il ne pourra sortir qu’en prenant à brève échéance des mesures de légitime défense » et reconnaît que « le problème le plus urgent est celui du ravitaillement en pétrole pour sa défense nationale. »

Le Journal de Genève du 13 novembre écrit : « M. Tojo [chef du gouvernement japonais] fait appel à M. Roosevelt pour qu’il intervienne personnellement afin de faciliter une entente rapide entre les deux pays. Dans le cas contraire, le Japon serait obligé de prendre des mesures militaires pour faire face à la guerre économique commencée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. »

Le 22 novembre, le même quotidien cite le Giornale d’Italia, quotidien de l’Italie fasciste : « La Maison Blanche ne veut reconnaître aucun des besoins vitaux du Japon et pas davantage le caractère des actions qu’il a déployées jusqu’ici en vue de la résolution des problèmes qui se posent à lui. »

Bien sûr, pendant ce temps, malgré les demandes pressantes faites par le Japon, les Etats-Unis poursuivent leur effort de soutien à Chiang Kai-shek, dans sa lutte contre les troupes nippones.

Depuis le mois de juillet, enfin, il serait vain de citer tous les articles qui les évoquent, qu’il s’agisse des journaux occidentaux ou des journaux japonais, tels Asahi, Kokumin, Yomiuri, Nichi-Nichi, Dai Hon Hei, Hochi, Japan Times and Advertiser ou l’agence japonaise Domei : il n’est question que des relations nippo-américaines, qui ne sont, malgré de pâles décontractions, qu’une longue suite de dégradations, soulignant les demandes pressantes formulées de part et d’autre, et sempiternellement repoussées.

Dès lors, personne n’ignorait l’imminence d’une action, et les services secrets étaient doublement requis de faire leur travail. D’autant que l’ambassadeur des Etats-Unis au Japon, Joseph Grew, avait câblé à Cordell Hull, le Secrétaire d’Etat (qui demeurera le personnage central de la diplomatie américaine jusqu’au-delà de la déclaration de guerre japonaise) : « MON COLLEGUE PERUVIEN A RACONTE A UN MEMBRE DE L’AMBASSADE QUE LES FORCES ARMEES NIPPONES PREMEDITAIENT UNE ATTAQUE-SURPRISE CONTRE PEARL HARBOR EN CAS DE DIFFICULTES ENTRE LES ETATS-UNIS ET LE JAPON, QUE L’ATTAQUE IMPLIQUERAIT L’UTILISATION DE TOUTES LES FORCES JAPONAISES. »

Aux Etats-Unis, la bataille parlementaire faisait rage. De nombreux hommes politiques dénonçaient les manœuvres du président Roosevelt tendant à rendre caduc le Neutrality Act, la Loi de Neutralité, finalement abrogée le 9 novembre (par le Sénat, à 50 voix contre 37 : 43 Démocrates, 6 Républicains, 1 Indépendant), et accusaient une attitude qui semblait tout faire pour que l’Amérique entre en guerre. En novembre, gagnée par la crainte d’être surprise en état de faiblesse, choquée par le torpillage allemand de navires de guerre et marchands américains, la nation se déclarait aux deux tiers favorable à l’abrogation historique. Néanmoins, du point de vue de l’opinion publique, il fallait une sérieuse raison à Franklin D. Roosevelt pour déclencher les hostilités.

Tout interdit de croire à la thèse selon laquelle « l’Amérique a été surprise » par l’attaque, ou que les services secrets ont « commis une bévue » en ignorant les messages de l’automne. Mais il y a plus précis encore.

L’ambassadeur Oshima, informé en tant qu’allié, à Berlin tantôt par Hitler lui-même, tantôt par ses proches collaborateurs, transmettait naturellement ses informations à Tokyo, au moyen du Code « Pourpre ». C’est ce qui avait permis à Roosevelt, dont les services déchiffraient très bien « Pourpre », d’apprendre le plan d’attaque allemand contre l’Union Soviétique le 14 juin 1941, soit une semaine avant le déclenchement de « Barbarossa ». Les autorités américaines ne peuvent en aucun cas nier qu’elles étaient informées des plans japonais, en affirmant à tort que les Japonais avaient respecté un silence radio total à la veille de « Pearl Harbor » (c’est-à-dire l’attaque de cette base), et au contraire se féliciter des prouesses et de l’organisation de leurs services. Eux-mêmes, les Britanniques, les Hollandais et les Chinois de Chiang étaient capables de « casser » les codes japonais Kaigun Ango. Ce sont les codes qui ont été employés par Yamamoto de juin à décembre 1941, et notamment le 26 novembre et le 6 décembre, pour les messages révélant les mouvements de l’attaque : deux flottes principales, comportant d’une part six porte-avions, deux cuirassés, deux croiseurs lourds et un croiseur léger se dirigeant vers Hawaï, commandés par le vice-amiral Chuigi Nagumo et, d’autre part, des sous-marins tenant le centre du Pacifique, sans compter des destroyers et des ravitailleurs. Le message de Yamamoto à Nagumo, le 2, donne l’ordre convenu et attendu : « Grimpez sur le Mont Niitaka. »

Le réseau d’écoute hollando-américain s’étendait de Dutch Harbor en Alaska jusqu’à Batavia dans l’île de Java, vingt-deux stations alliées, dont dix-sept américaines. La station Cast, la plus proche du Japon, disposait de soixante-quinze spécialistes en écoute, radiogoniométrie, décryptage et traduction. La station Hypo, à Pearl Harbor, possédait cent quarante spécialistes. Rien qu’à Hypo, un millier de communications étaient traitées chaque jour. De plus, les Alliés détenaient tous les codes japonais et quand ceux-ci, le premier décembre, modifient les codes de leurs navires, les antennes directionnelles permettent de réattribuer ces codes aux navires dans les 24 heures qui suivent. De même, toutes les modifications de codes apportées par les Japonais seront déjouées, au pire, dans les quarante-huit heures, le plus souvent dans la journée. Bien sûr, si les messages demeurent cachés aux militaires américains sur le terrain ou en mer, la Maison Blanche reçoit par télétype l’ensemble des données et les structure. Les messages de Yamamoto ont été interceptés et décryptés par Hypo et Cast. Après de longs mois d’une préparation japonaise qui avait été très bien déchiffrée, les personnels spécialisés de ces deux stations ont immédiatement été avertis de l’attaque, sans compter le personnel de Washington et des services spéciaux aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis repoussent les propositions d’arrangement présentées par les délégués japonais le 20 novembre, qui envisagent l’évacuation du sud de l’Indochine en échange de l’arrêt du ravitaillement américain à la Chine, le rétablissement de relations économiques normales et la réouverture de relations avec les Indes Néerlandaises. Naturellement, il n’est pas question pour les Japonais de renoncer à la Chine ni de freiner leur expansion vers les mers du sud, et leurs propositions ne les dédouanent pas d’intentions cachées. En outre, les Américains sont contraints d’embarquer les approvisionnements destinés au continent asiatique dans leurs ports de l’Atlantique, de passer le canal de Panama et traverser les 180 degrés de longitude du Pacifique, trop investi par les navires de guerre japonais, pour atteindre Vladivostok[7].

Le refus des Etats-Unis montre néanmoins leur détermination.

Le 25 novembre, le général Marshall déclarait à des journalistes, sous le sceau du secret, que « les Etats-Unis sont au bord de la guerre avec le Japon » et que la guerre éclaterait « dans les dix premiers jours de décembre. » Pour une surprise, Pearl Harbor est une surprise très attendue.

Le 27, le contre-amiral Kimmel et le major-général Short reçoivent l’ordre de se tenir en alerte à Pearl Harbor. Il ne semble pas qu’on leur ait indiqué le caractère urgent de cet ordre. Apparemment, il était important que les Japonais n’apprennent pas ce que les Américains savaient. L’explication probable est qu’on ne tenait pas à ce que Nagumo et Yamamoto renoncent.

Il n’y a aucune reconnaissance aérienne ni aucune patrouille navale. La moitié des batteries de DCA était désarmée. Les navires en rade et les avions étaient alignés au grand jour, comme au casse-pipe. La mise en scène était parfaite. Elle plaidait si bien l’innocence américaine que Washington déciderait de maintenir cette histoire officielle gravée dans le marbre des monuments aux morts, que reproduiraient indéfiniment les scénarios autorisés du cinéma hollywoodien. Pendant ce temps, les porte-avions avaient quitté Pearl Harbor pour Wake et Midway…

S’il fallait insister, nous ajouterions que Takeo Yoshikawa, pseudo-chancelier du consulat (d’ailleurs inconnu des annuaires diplomatiques et donc très suspect au moment où il débarque), reconnu dès la mi-mai comme espion japonais à Pearl Harbor[8], avait communiqué d’avril à novembre ses informations au moyen du code « J » du Ministère des Affaires Etrangères, décrypté par les Américains, puis le 3 décembre au moyen de « Oite », un code moins élaboré, encore plus aisé à déchiffrer. Il lui était interdit, comme à tout civil, de se rendre directement sur les sites militaires pour prendre des photos, mais cela ne lui était pas nécessaire : il lui suffisait d’acheter et d’expédier des cartes postales sur lesquelles s’étalaient avantageusement les installations portuaires et les navires ! Suivi, photographié, filé, sous écoute téléphonique, il révélait impunément, et sans intervention des services secrets américains, le détail des installations à détruire. Ce n’est pas un touriste qui évolue incognito. Dès le 7 août, Hoover, chef du Bureau Fédéral de l’Intelligence (FBI), informe la Maison Blanche que Yoshikawa est « l’officier japonais traitant à Honolulu ».

Le 2 décembre, celui-ci indique au vu et au su de tous les services américains concernés que « Pearl Harbor n’est pas en état d’alerte ».

Le 3, les représentations diplomatiques japonaises dans les Indes Néerlandaises, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis recevaient l’ordre de Tokyo de détruire leurs matériels et les documents de chiffrage, sauf l’ambassade de Washington et le consulat d’Honolulu. Cet ordre, intercepté, ne laissait aucun doute au sujet de l’attaque sur le centre-Pacifique, où la base principale est Pearl Harbor. Il s’agissait pour Tokyo de conserver une liaison avec Yoshikawa jusqu’au dernier moment. L’Amiral Turner explique alors : « La destruction des codes signifie sans équivoque la guerre. »

Le 6 décembre enfin, Yoshikawa communique, toujours écouté par les décrypteurs : « Il n’y a pas de barrage de ballons (aérostats) à proximité des objectifs, rien ne s’oppose à l’attaque surprise. » Le jeune Yoshikawa devait être, sur l’île, l’un des seuls à croire au phénomène de surprise. Néanmoins, pour ceux qui l’écoutent, l’emploi de cette expression signifie clairement qu’il ne s’agit pas d’une opération anodine ou hypothétique.

Le 6 décembre, donc la veille de l’attaque de Pearl Harbor, toutes les positions des navires de Nagumo étaient actualisées, ce qui sera consigné noir sur blanc par l’attaché naval hollandais, Ranneft. J’insiste : à la veille de Pearl Harbor, les navires d’attaque japonais étaient suivis à la trace par les stations goniométriques, branchées aux antennes directionnelles qui ont localisé chaque porte-avions japonais et décrit leurs déplacements. Aucun ordre de dispersion n’a été donné.

Les comptes-rendus radio et gonio n’étaient ni fragmentaires, ni erronés. Tous se recoupaient, même au cas où un message aurait été mal intercepté, car les radios japonais répétaient plusieurs fois chaque message.

Il n’a été donné aucun ordre de dispersion, en dehors des gros navires modernes, qui s’étaient éclipsés depuis belle lurette, comme on l’a dit.

Le 7 au matin, le Ward, un destroyer américain, entre en contact avec l’un des sous-marins japonais. Il transmet. On ne décrète pas d’alerte. A 7 h 02, Joseph Lockard et George Elliott, devant leur écran radar en surface, détectent une importante formation aérienne en approche. Ils ne savent pas qu’en sous-sol, les hommes du secret d’Hypo sont depuis longtemps au courant de l’attaque. Le lieutenant de service dit à Lockard et Elliott : « Oubliez ça. » On ne sait pas si le lieutenant savait quoi que ce soit, s’il ne croyait pas ce qu’il voyait ou s’il pensait à l’approche d’une douzaine de bombardiers qui devaient arriver ce matin-là des Etats-Unis.

Voilà ce que contient le rapport de Teddy Valli.

Le lendemain, le Président Roosevelt, qui s’y entendait, déclarait : « Hier, 7 décembre 1941, une date qui restera marquée par l’infamie, les Etats-Unis d’Amérique ont brusquement et délibérément été attaqués pas les forces aéronavales de l’Empire japonais. » Pour ce qui est de la seconde partie de la phrase, elle est rigoureusement exacte. On ne voit d’ailleurs pas comment une telle attaque aurait pu ne pas être « délibérée ». Mais son mot d’ »infamie » est un jugement moral sévère. N’était-il pas « infâme » de laisser faire, et de faire croire qu’il n’en savait rien ? Plus tard, les pilotes de bombardiers américains tairaient leurs propres scrupules, lorsqu’ils matraqueraient les villes de l’archipel japonais, en pensant à « l’infâme attaque surprise de Pearl Harbor ».

La machination, à cause de laquelle périrent deux mille quatre cent soixante-seize personnes (plus 900 disparus et 1172 blessés), fut entièrement destinée à forcer l’opinion mondiale, et surtout américaine, en faveur de l’entrée en guerre des Etats-Unis. Avant-guerre, certains officiers s’interrogeaient au sujet de l’affaire du Lusitania, qui avait provoqué la participation des Etats-Unis à la Première Guerre Mondiale. On sait maintenant que ce fut une manipulation des Américains. 20 ans plus tôt, un autre navire, le Maine, dont la chaudière avait accidentellement explosé en 1898, avait donné aux Etats-Unis le motif de l’entrée en guerre contre l’Espagne. Plus tard, dans les années 70, l’affaire du Tonkin fut elle aussi un montage américain, qui permit l’entrée en guerre au Vietnam. Enfin, lorsque eurent lieu les attentats du 11 septembre, le président Bush eut ce mot extraordinaire: c’était un « nouveau Pearl Harbour ». Il faut voir là un aveu parfaitement explicite.

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A l’avenir, il sera sage d’étudier de très près ces sortes d’entrées en guerre retentissantes de « la plus grande démocratie du monde ».

________________

Naturellement, une quantité de sites affirment que cette étude des événements de Pearl Harbour relève du « conspirationnisme ». Sans aucunement apporter de contradiction aux faits clairs et précis qui sont ici exposés.

Ainsi de http://www.conspiracywatch.info/Pearl-Harbor-Roosevelt-a-t-il-cache-l-imminence-de-l-attaque_a759.html qui ose dire que Roosevelt ne savait rien, ce qui est pour le moins malhabile. Plus personne n’ose nier que Washington déchiffrait parfaitement les communications japonaises. Mais la volonté de nier les faits passe depuis longtemps par l’accusation de « conspirationnisme » ou de « théorie du complot ». Technique qui, on le sait, conduit très vite à l’accusation de « négationnisme » et de « nazisme », sensée éteindre tout débat. Elle a un avantage: ceux qui réagiront trop épidermiquement se lanceront dans des spéculations douteuses ou des réactions violentes, les manipulateurs officiels le savent, et dès lors cela disqualifiera cette recherche historique qui ne doit pourtant jamais s’éteindre, quel que soit l’événement. Cependant, le problème posé désormais par cette technique de la « vérité officielle par le vide » et tuant tout débat, c’est qu’elle est un va-tout; comme la mitraille sur le champ de bataille, si elle fait taire le premier rang, touché par la salve, elle galvanise le second rendu furieux mais ayant appris à mieux progresser. Et elle conduit inéluctablement à s’interroger sur… ces accusations de négationnisme et de nazisme. Et là, les étouffeurs de vérité ont des cheveux à se faire non seulement parce que le public a besoin de remettre en cause les institutions, mais aussi parce que les historiens authentiques (non pas forcément diplômés et accrédités) sont capables d’aler voir là où personne n’a osé jusqu’ici.

Les lois interdisant les recherches n’ont aucune chance de vaincre, aucune vérité n’ayant besoin de loi.

*: Qu’eut-il fallu faire ? Cacher et mentir, certes, c’est la règle, mais sur quelles bases ? De bonne foi, le Secrétariat d’Etat américain pouvait rappeler que le Pacte Tripartite entre Japonais, Allemands et Italiens, menaçait les intérêts américains au premier chef ; que l’expansion japonaise menaçait de faire capituler la Chine et de se saisir des anciennes colonies européennes, et toutes sortes d’autres choses que le Japon ne pouvait aisément justifier, telles que l’attitude de ses troupes et ses manquements perpétuels aux conventions internationales[1]. Elle pouvait tout simplement affirmer qu’elle réprouvait la guerre japonaise en Chine ou l’annexion de la Corée, qui ne trouvent moralement de raison d’être ni dans leurs motifs, ni dans leur exécution.

[1] : Le Japon n’avait pas ratifié la Convention de Genève.

[2] : Voici les huit points du mémorandum : 1/ Conclure un accord avec la Grande-Bretagne pour l’utilisation de ses bases du Pacifique, dont Singapour. 2/ Conclure un accord avec les Pays-Bas pour l’utilisation de ses installations et l’approvisionnement depuis les Indes Orientales. Ceci est en cours. Les Hollandais disposent d’une station d’écoute à Java et interceptent les messages japonais. 3/ Aider au maximum Chiang Kai-shek. 4/ Expédier une division navale en Extrême-Orient. Y compris dans les eaux territoriales japonaises. 5/ Envoyer deux divisions sous-marines au même endroit. 6/ Maintenir le gros des forces navales dans la région des îles Hawaï. 7/ Pousser les Pays-Bas à refuser les exigences japonaises, en particulier concernant la fourniture de pétrole. 8/ Imposer un embargo total sur les échanges avec le Japon, en coordination avec la Grande-Bretagne.

[3] : Au mois de septembre précédent, près de 90% des Américains étaient favorables aux isolationnistes, conduits par le pilote Charles Lindbergh et l’industriel John Ford. Roosevelt dut promettre que les jeunes gens du peuple « ne seraient pas envoyés pour faire la guerre à l’étranger. » Mais il déclarait à ses conseillers : « Si nous sommes attaqués, il ne s’agira plus de guerre étrangère. » F. D. Roosevelt était, semble-t-il, informé de l’existence des camps d’extermination hitlériens, mais il s’est longtemps heurté à une opinion publique hostile à l’entrée en guerre, inévitable à ses yeux.

[4] : La presse américaine parle également de livraison de contre-torpilleurs américains à la flotte britannique. Washington aurait décidé l’allocation de crédits atteignant cinq milliards de dollars pour le renouvellement de sa flotte de guerre, qui inclurait cent porte-avions.

[5] : Aux Etats-Unis, des grèves avaient lieu fréquemment. A Panama, il y eut des retards. En juillet, une immense bagarre impliquant trois mille ouvriers opposait les travailleurs sud-américains et d’autres venus des Antilles britanniques, lors des travaux d’aménagement du système défensif du canal.

[6] : L’ensemble des avoirs japonais bloqués aurait dépassé deux milliards de dollars, dont 31 millions aux Etats-Unis, auxquels il faut ajouter les navires japonais saisis.

[7] : Le premier convoyage de ravitaillement à l’Union Soviétique en guerre date de la fin juin 1941.

[8] : La consigne donnée par Roosevelt lui-même obligeait à « considérer tout citoyen japonais débarquant à Hawaï comme espion et […] à interner en camp de concentration en cas de trouble. »

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Vought Vindicator

Comme le dit si bien un dicton :
 » Quand le mensonge prend l’ascenseur, la vérité prend l’escalier… Elle met plus de temps, mais elle finit toujours par arriver.  »
Tôt ou tard on connaîtra la vérité sur les grands manipulateurs de ce monde moribond.
Merci pour ce courageux article qui met le doigt sur ceux qui nous manipules.

Reply
    Polemiste

    Merci à vous.

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