Saint Thomas d’Aquin et le Coup d’Etat

On retrouvera les les 56 propositions pour un Coup d’Etat populaire, pacifique et légitime, à peaufiner, pour le régime qui suivrait immédiatement une action visant à s’y substituer.

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Saint Thomas d’Aquin encourage-t-il le Coup d’Etat ?

On me dit: et s’il y avait des morts ? Il est possible qu’il y ait quelques sacrifiés à une telle action. Mais celui qui n’est pas capable de se sacrifier au bien commun ne doit pas s’y joindre. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13) »

J’en viens maintenant aux arguments « thomistes » qu’on m’oppose. On me dit: Thomas explique en 3 points qu’il s’oppose à un Coup d’Etat. Je démontrerai que Thomas pense de la même manière que moi, et que son propos sous-tend ce que je dis.

Pour commencer, il disait, lui Thomas d’Aquin que le meurtre du tyran est licite. Il légitimait, sous certaines conditions, le tyrannicide (action de tuer un tyran) en ces termes : « Nul n’a la droit d’ôter la vie à quiconque sauf au tyran ! 

Le propos de fond est:

— Tu dis que Dieu veut délivrer le peuple de France ; si telle est sa volonté, il n’a pas besoin d’action de ce genre.

C’est exactement l’argument opposé à Jeanne d’Arc. Un prêtre chargé de l’interroger à Chinon lui contesta :

— Jeanne, tu dis que Dieu veut délivrer le peuple de France ; si telle est sa volonté, il n’a pas besoin de gens d’armes.

Sans se laisser perturber, elle répliqua avec foi et bon sens :

— Les gens d’armes batailleront, Dieu donnera la victoire !

Beaucoup de catholiques pensent que l’action offensive est un péché. Doctrinalement mal formés, ils croient plus ou moins consciemment d’une part que Dieu s’occupe de tout, ce qui est faux puisque Dieu n’agit essentiellement dans la mesure où les hommes montrent qu’ils le méritent; et d’autre part ces catholiques croient que le devoir d’abnégation personnelle se confond et domine le devoir de participation au salut général. Il y a là un manque de formation, quand il ne s’agit pas plus simplement d’un manque de courage et d’un excès d’individualisme: on n’agit que selon ses propres inclinations, au gré de ses propres urgences… Le catholique est ainsi infecté des paresses et des conforts mentaux ainsi que du manque de liberté et de conscience personnel si fréquent parmi le public païen.

Les cadres

Mais prenons le premier argument thomiste: les cadres, les hommes choisis.

Quand Thomas évoque les cadres qui seraient nécessaires, il parle évidemment des cadres issus de l’élite naturelle et non exclusivement des hauts fonctionnaires du régime. Dire que les fonctionnaires d’un mauvais régime doivent se prononcer est donc un argument faux, que Thomas n’eut jamais avancé. Peut-on quérir de ceux qui dépendent d’un régime l’avis que ce régime doit disparaître ? Certes pas, ou avec peu de chances de succès. C’est à ceux qui sont nourris du sens du bien commun de manière indépendante de tout intérêt direct ou de subordination qu’il appartient de se prononcer.

Mauvais gouvernements

De saint Thomas:
« Différentes espèces de mauvais gouvernements. Si le régime injuste est le fait non d’un seul mais de plusieurs, pourvu qu’ils soient peu nombreux, on l’appelle oligarchie, c’est-à-dire domination du petit nombre ; il en est ainsi lorsque quelques hommes, forts de leurs richesses, oppriment le peuple, se distinguant du tyran par le seul fait qu’ils sont plusieurs. Mais si le gouvernement inique est exercé par beaucoup, on l’appelle démocratie, c’est-à-dire domination du peuple, quand, forte de sa multitude, la populace opprime les riches. Tout le peuple devient alors un seul tyran. »

Il est manifeste que nous avons une démocratie tyrannique gouvernée et manipulée par une oligarchie.

Du mérite théologique de la soumission

Voyons ensuite l’argument 2, ce que saint Thomas appelle « les mérites de la Soumission » qui conduit à ne pas se révolter: « C’est en effet une faveur céleste, si, pour rendre témoignage à Dieu [on est appelé] à supporter des afflictions imméritées. On le vit bien lorsque beaucoup d’empereurs romains persécutèrent tyranniquement la foi chrétienne et qu’une grande multitude de personnes, appartenant aussi bien à la noblesse qu’au peuple, se convertit à cette même foi : ceux qui ont mérité d’être loués, l’ont été, non pour avoir résisté, mais pour avoir soutenu pour le Christ avec patience et résolution la [perspective de la] mort. »
Il dit par ailleurs que le renversement d’un tyran peut amener un tyran pis encore.

Pour ce dernier argument, il est manifeste qu’on ne peut avoir de tyran pire que celui que nous avons en ces organisations criminelles qui favorisent l’eugénisme à grande échelle. Seul un système qui rendrait le meurtre plus visible pourrait être considéré comme pis, à moins au contraire que cette visibilité ne soit plus vertueuse puisque désignant la tyrannie de manière plus visible.
Quant au premier argument, il s’agit ici de dire si la persécution produira des chrétiens. Lorsqu’au temps de saint Thomas, l’on assassine des chrétiens, d’autres se lèvent, par réaction.
Or, il ne peut y avoir de réaction de ce type dans une société déshumanisée. Je renvoie non seulement aux constats mais aux Encycliques diverses.
La mort de nos petits avortés produira-t-il infailliblement en ce monde des chrétiens, par exemple ?
Il est manifeste que non, quand le terreau indispensable, à savoir les clercs disposés à évangéliser d’une part et les fidèles profondément ancrés dans une Foi contagieuse, ont disparu. Ainsi, lorsque le danger expose à perdre totalement la soumission ne devient plus germe de chrétiens mais risque de mort presque complète.
Saint Thomas ne parle là que de sociétés où le noyau de chrétiens est présent et apte à reprendre une relève. Il ne l’est plus en France où les pratiquants n’ont plus de pratique réelle des sacrements et chez qui la Foi est essentiellement une habitude sociale.

Autre chose qui ne frappe pas votre entendement encore. Relisons : « C’est en effet une faveur céleste, si, pour rendre témoignage à Dieu [on est appelé] à supporter des afflictions imméritées. » Il est beau de souffrir pour la gloire de Dieu. Oui certes, quand c’est soi-même qui a à souffrir: je dois accepter ma souffrance. Mais je ne peux dire: « Je dois accepter la souffrance des autres« . Attention. Ou « Que les autres souffrent, cela plaît à Dieu. » Voilà où tout change, où tout bascule: accepter la souffrance d’autrui, c’est contredire absolument l’esprit de charité qui offre sa propre souffrance à Dieu. On ne peut offrir la souffrance des autres. Dit autrement: il en va autrement quand il s’agit d’autrui, notre devoir est de secourir. C’est le Bon Samaritain qui agit bien et non les autres qui négligent le mourant. B-A BA, n’est-ce pas ?
Ainsi donc, il est de notre devoir s’arrêter la machine infernale. Notre devoir est de secourir la société mourante, d’empêcher son meurtre.

La tyrannie contemporaine tue tout le monde, c’est un meurtre collectif, qui vise une majorité de la population mondiale ! Les politiques de dénatalité par l’avortement, l’homosexualisme, la manipulation génétique, l’eugénisme, la faim, la guerre, les épidémies (Ebola est un brevet déposé, pour rappel), la spéculation, le fisc, la culture de mort éducative, les médias morbides etc, tout cela, c’est la pire politique jamais réalisée. Nous ne sommes plus dans une tyrannie artisanale et localisée qui ne concerne que le chrétien consentant. Quand sa tête roulera au sol, toutes les autres rouleront.
La dévastation qui touche nos pays est universelle, c’est pis qu’après le passage d’une armée destructrice, puisque après la santé, l’éducation, la Justice, l’Histoire,  les armées, la famille, la Foi, le patrimoine historique, les arts, l’économie et tout ce qui fait la société, l’âme des peuples elle-même est détruite, le redressement rendu impossible, la dépravation complète, la subversion achevée. Et l’on tue, plus que jamais. Voyons, réveillez-vous ! Les Allemands ont tué 17.000 personnes en 40, les Alliés 70.000 en 44-45. Bagatelle ! 8 millions de petits Français ont été tués dans le ventre de leur mère depuis 1975. Des dizaines de millions de suicidés, de vieillards achevés, de malades, de cancéreux tués par une société morbide… Vous dites: « Ce n’est pas encore la guerre ». Aveugles insensés: c’est bien pis !

Que dirait Thomas alors, face à ce déchaînement apocalyptique, cette mythologie de la destruction ? « Malheureux, ne me fais pas dire que je te veux indolent, tu dois te lever et combattre par tous moyens probes à ta disposition de manière à ce que cesse cette engeance et qu’elle ne perdure pas ! » Voilà ce qu’il dirait, assurément.

Allons plus loin. Il y a un consentement qui équivaut à suicide, qui n’est pas autorisé. Voilà le péché ultime de l’Occident tout entier et spécialement des catholiques.

Qui a autorité à agir ?

Pour ce qui concerne qui a autorité à décider de renverser une tyrannie, dernier argument :
Thomas dit encore: « Ce serait dangereux en effet pour le peuple et ses chefs si des hommes de leur propre autorité, entreprenaient de tuer les gouvernants, fussent-ils des tyrans. Car, généralement, ce sont des méchants plus souvent que des bons qui se risquent à des entreprises de cette sorte. »
Porte largement ouverte car il ne s’agit pas pour nous de « tuer des tyrans » d’une part mais de les faire arrêter et isoler ; par ailleurs, Thomas dit lui-même que ce sont généralement des gens plus méchants et non toujours des gens plus méchants, qui tuent les tyrans. S’il advient que ce soit des gens vertueux qui abattent les tyrans, Thomas dira donc nécessairement que ceux-là font exception à sa mise en garde.

Thomas dit en outre: « Ce n’est donc pas, du moins semble-t-il préférable [de l’admettre], l’initiative privée de quelques particuliers, mais l’autorité publique qui doit s’attaquer à la cruauté des tyrans. Tout d’abord, puisque tout peuple a le droit de se pourvoir d’un roi, il peut sans injustice renverser ce roi [établi par lui], ou réduire ses pouvoirs, si celui-ci abuse en tyran de, la puissance royale. On ne doit pas penser qu’un tel peuple commet une infidélité en destituant son tyran, même si jusque-là il lui est toujours resté soumis, car ce tyran a bien mérité en ne se comportant pas fidèlement dans le gouvernement du peuple, comme l’exige le devoir royal, que ses sujets ne gardent pas leurs engagements envers lui. »
Il faudrait être d’une mauvaise foi extraordinaire ou d’une inculture remarquable pour ne pas comprendre que saint Thomas dénie à l’individu isolé ou au petit groupe de dire ce qu’est le régime juste dans la mesure où se groupe s’érige en autorité morale indépendante. Mais il est notoire que, par cent mille livres, écrits, jugements et plaintes parfaitement exprimées, il a été parfaitement établi en France que le régime n’était point juste et contraire au bien commun, et même à la loi naturelle. Ainsi, le petit groupe ou même l’individu que je suis ne fait que reprendre et manifester un sentiment quasi général et en tous cas unanime chez les gens de bien. Ce n’est pas un groupe qui dit la morale de l’affaire selon son propre point de vue, celui-ci entreprend de destituer un tyran dont l’ensemble national dit qu’il est néfaste. Ce qui est bien différent.

Thomas prévoit: « Ou bien on doit recourir au supérieur chargé de choisir un chef à la multitude. Mais si le droit de pourvoir le peuple d’un roi appartient à une autorité supérieure, c’est d’elle aussi qu’on doit attendre un remède contre la scélératesse du tyran. Ainsi en advint-il d’Archélaüs, qui, ayant commencé à régner sur la Judée à la place d’Hérode, son père, imitait sa cruauté. Les Juifs ayant porté plainte auprès de César-Auguste, il se vit tout d’abord diminuer son pouvoir, par la perte du titre royal et par le partage d’une moitié de son royaume entre ses deux frères ; puis comme ce châtiment ne l’avait pas corrigé de sa tyrannie, Tibère César le relégua en exil à Lyon en Gaule. »
Il est limpide grâce à cet exemple que Thomas parle d’une société dans laquelle il y a une autorité morale supérieure. Or, notre tyrannie est celle de l’échelon supérieure. Ce n’est pas Hollande qui est seulement le tyran mais toute la hiérarchie dont il dépend. Il n’y a donc pour nous aucun recours possible par en-haut. Cet argument est écarté d’office.

Pour finir, Thomas dit: « Sinon recourir a Dieu, tout puissant sur les rois. » « Mais, conclue-t-il , pour que le peuple mérite de Dieu ce bienfait, il doit s’affranchir du péché , car en punition de l’offense [qui Lui est faite] Dieu permet aux impies de s’emparer du pouvoir. »
Eh bien, je dis ici que Thomas ne prévoyait pas notre cas car il lui semblait possible que le peuple puisse s’affranchir du péché. Or, il est manifeste que le peuple ne dispose ni des clercs, de la Parole, ni des sacrements qui le lui permettraient.

Le peuple ne dispose donc plus des moyens de s’affranchir du péché, ignorant même que le péché existe, ou au moins que le Salut catholique existe.
En tel cas, Thomas ne pourrait proposer que deux choses que je vous propose: la prière associée aux sacrements et l’action décisive pour donner au peuple au moins la possibilité de se convertir,
non point en le lui imposant mais en supprimant ce qui lui interdit l’accès à cette conversion.
Que la foudre du Ciel me tombe dessus à l’instant si je trahis dans cette conclusion le vœu de saint Thomas.

Car comment pourrait-on obtenir le salut des nations sans qu’elles puissent accéder aux moyens que Dieu a mis à notre disposition ? Cela sous-entendrait que Dieu seul peut agir et que nous devons rester bras ballants, ce qui contredit notre nécessaire participation que saint Thomas, entre autres, exige et que Jeanne rappelle. Elle prononce une vérité théologique: Dieu donnera la victoire si les hommes bataillent.

Notre devoir est de donner à notre Prochain les moyens de son Salut, pour autant que nous le puissions. Cela est fermement établi. L’argument n°3 s’écroule donc de lui-même.

Il advient toujours ce qui est mérité

J’ajoute enfin cet argument: il adviendra à la fin ce que nous aurons mérité. Toute la dégradation de la situation est due à notre inactivité relative et au fait que nous ne brisons pas le régime qui est intrinsèquement pervers; et que, par les bonnes actions que nous menons au sein de ce mauvais régime, nous perpétuons l’agonie. Nous prolongeons la crucifixion.
Il est donc évident pour moi que notre devoir est d’agir et il est tout aussi évident pour moi que l’inaction aura pour punition le désastre final. La culpabilité sera là aussi.

Mais il est vrai aussi que si vous ne le souhaitez pas, alors vous ne méritez pas. Et alors, Dieu est entièrement en droit, vis-à-vis de vous, de ne pas vous offrir ce salut politique que vous attendez, puisque vous ne faites pas preuve que vous avez une velléité de le vouloir.

Il s’agit de ne pas donner à nation imméritante, car ce serait injustice. Aussi, toute attitude porte en elle-même le germe de son jugement final.

Que Dieu nous accorde sa Paix et que Sa Volonté soit faite.

Fait à Tours, le 29 juin 2015

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